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Questions numériques 2016-2017
La puissance transformatrice
de la petite échelle

Par Stéphane Cordobès, CGET
Il est de tradition dans l’approche aménagiste française de construire des scénarios censés incarner autant d’évolutions possibles du territoire national. Territoires 2040, le dernier exercice en date de ce type porté par le CGET (alors Datar) n’a pas échappé à la règle. Ont ainsi été produits des scénarios pour huit types d’espaces : espaces métropolitains, villes intermédiaires, espaces des flux, espaces de la faible densité…
Il serait tentant de partir de ces scénarios et de se demander en quoi le numérique participerait de leur réalisation ou non… Cette approche n’a cependant pas nos faveurs parce qu’elle donne aux scénarios une valeur et une robustesse qui nous semblent usurpées et parce que la dimension heuristique d’un tel exercice ne nous paraît pas manifeste.
Il faut considérer ici ce que sont réellement les scénarios de prospective territoriale. Ni scientifiques, ni stratégiques, ceux-ci sont de – ou devraient être appréhendés au travers de leur – nature fondamentalement politique et critique :
Les scénarios sont de fait des représentations socio-spatiales dont la cohérence repose sur leur capacité à proposer un équilibre entre des composantes en tension. Ces composantes peuvent être de nature très diverse : objets, idées, acteurs, processus, etc. Mais la force des scénarios, c’est leur capacité à faire tenir tout ce petit monde hybride dans une même unité de sens et à proposer au travers de leur multiplication des équilibres possibles et alternatifs. On comprend dès lors que ce qui fait l’intérêt réflexif des scénarios, c’est moins la synthèse qu’ils proposent, que le champ de tensions qui leur est propre, lequel compose leur dynamique et les compromis – au sens positif du terme – politiques qu’ils supposent.
Si l’on s’interroge sur les scénarios de Territoires 2040 de cette façon, on peut très facilement faire ressortir ces tensions qui finalement structurent nos manières d’habiter et de construire notre réalité socio-spatiale, les représentations que nous en avons et souvent les blocages qu’elles constituent faute de pouvoir être dépassées.
C’est de quelques-unes de ces tensions que nous vous proposons de partir pour interroger les transitions numériques. La question n’est plus dès lors « en quoi les transitions numériques vont favoriser l’un ou l’autre des scénarios ? » mais « en quoi le numérique modifie ces champs de tensions et le cas échéant, ouvre sur d’éventuelles manières de les dépasser, autrement dit, de renouveler les représentations que l’on a de notre réalité socio-spatiale et de notre façon d’agir pour construire celle-ci ? ».
Dans le cadre de cet exercice, on ne cherchera pas à traiter toutes les tensions qui structurent le champ socio-spatial mais seulement 5 d’entre elles qui nous paraissent particulièrement intéressantes parce qu’elles structurent le champ territorial et aménagiste :
Proximité / Eloignement
Ancrage / Mobilité
Polarisation / Diffusion
Fragmentation / Continuité
Public / Privé
Leur intérêt tient évidemment aussi au fait que le numérique semble d’ores et déjà contribuer à faire émerger des formes de dépassement, et donc non seulement à changer l’équilibre de tensions existantes mais également ré-agencer le champ en favorisant l’émergence de nouveaux termes ou forces :
Qu’est-ce que l’accessibilité sinon un dépassement de la tension proximité / éloignement ?
Qu’est-ce que la connexité sinon un dépassement de la tension ancrage / mobilité ?
Qu’est-ce que l’intensité sinon un dépassement de la tension polarisation / diffusion ?
Qu’est-ce que la réticularité sinon un dépassement de la tension fragmentation / continuité ?
Qu’est-ce que les « collectifs politico-techniques d’acteurs réseaux » si ce n’est un dépassement de la tension public / privé ?
Autant de « modèles » que nous aimerions développer et questionner.
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