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Comment imaginer de nouvelles manières d'agir pour intégrer les potentialités et les dangers des outils numériques dans une approche résiliente des risques et des crises ? Un verbe d'action, une explication argumentée, des exemples de projets ou des cas. Il s'agit d'ouvrir à des types d'interactions et d'actions qui peuvent venir en complémentarité des modes d'actions classiques, ou qui invitent plus radicalement à changer de perspective.

Ces modes d'action sont appropriables par toutes sortes d'acteurs. La deuxième phase de l'expédition, focalisée sur les ateliers prospectifs, a vocation à faire émerger comment ces manières d'agir peuvent être concrètement utilisées par les citoyens, les professionnels, et les acteurs publics.

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Être résilient

Être résilient est une manière d'appréhender la fragilité d'un territoire, c'est penser la vulnérabilité de manière globale (vulnérabilité sociale, infrastructurelle, etc).

« l’appréhension complète de la vulnérabilité d’un territoire exposé à un risque implique de dépasser la simple évaluation et gradation des dommages, pour privilégier une approche globale multi-dimensionnelle du risque, de ses conséquences, du territoire exposé, de ses particularités géographiques, historiques, sociales. » Valérie Sanseverino
Méthodologie d'évaluation de la vulnérabilité sociale (étude de cas sur 3 niveaux : macro, méso et micro) : Aurélien Allouche, Laurence Nicolas, Inondations : évaluer la vulnérabilité sociale et vivre avec le risque, 2017.
Manuel à l’usage des dirigeants des gouvernements locaux pour rendre les villes plus résilientes (Genève, Mars 2012).
https://www.preventionweb.net/files/26462_1102162isdrmayorshandbookintfrelowr.pdfpreventionweb.net
Le Cerema a mis au point une boussole de la résilience pour accompagner les collectivités à relever les défis des futures crises imprévisibles. Via 6 principes et 18 leviers, ce guide propose à la fois une lecture des politiques publiques et de toute forme de projet à travers la résilience, un accompagnement de politiques soutenables, et un ensemble de qualités qui peuvent renforcer la résilience d'un projet. Cette boussole est un outil de travail pertinent pour les acteurs territoriaux, mais peut aussi être mobilisé dans les entreprises ou d'autres types d'organisations qui cherchent à réduire leur vulnérabilité.
La boussole de la résilienceLes collectivités doivent affronter de plus en plus de crises qui prennent parfois des formes imprévisibles comme le montre la pandémie de covid 19. Ces cahiers du Cerema présentent la boussole de la résilience élaborée cerema.fr
Atelier "Capacité et Résilience" créé par Jacques-François Marchandise et Renaud Francou (experts du numérique) pour comprendre dans quelles configurations les systèmes donnent du choix aux humains, dans quelle mesure les systèmes d'aujourd'hui sont résilients et capacitants, et comment imaginer les dispositifs de demain. Les éléments de cet atelier seront bientôt disponibles en open source en ligne.

Se souvenir

On a tendance à vouloir enterrer une catastrophe passée. La réhabilitation de l'acception positive du mot crise permet de comprendre pourquoi se souvenir constitue au contraire le fondement des apprentissages d'une crise, et d'une meilleure appréhension de l'avenir. Se souvenir est une des conditions de la résilience d'un territoire, dont les risques présents et l'histoire des catastrophes sont une partie de son identité.

Sur le territoire comme lieu de mémoire des risques. Avoir une approche territorialisée des risques demande d'intégrer les risques comme étant partie intégrante de l'histoire et de la réalité présente des acteurs d'un territoire. Les risques façonnent les territoires de manière inéquitable, il s'agit donc d'aborder chaque territoire dans sa complexité et ses particularités, pour identifier des stratégies qui peuvent compenser cette inéquité.

Valérie November : « Les risques font empreinte et marquent le territoire dans l’espace et le temps » ¹

Se souvenir ne veut pas dire retourner, au contraire, c'est réintégrer dans le présent de chacun ce qui a été transmis par le passé (même si c'est une catastrophe), c'est une logique de transformation. Se souvenir collectivement c'est s'approprier l'espace autour de soi, tel qu'il a été marqué par des crises, et façonné au quotidien par les risques.

Exemple de la démarche de l'Institut pour l'Histoire et la Mémoire des Catastrophes qui utilise les potentialités des outils numériques (vidéos pour les témoignages, site internet pour la diffusion, réseaux sociaux pour la communication, carte interactive pour placer les témoignages sur une carte) pour créer une mémoire collective des catastrophes au service de la résilience collective des acteurs d'un territoire :
IHMEC : Mémoire Des Catastrophes | Construire une mémoire collective des catastrophes, en faire une cartographie et créer des liens pour mieux y faire face.Pas de journée ne se passe sans que les médias ne nous prennent à témoin d'une catastrophe : inondation, tornade, incendie, glissement de terrain, sécheresse... Ainsi sommes-nous peu à peu amenés à vivre avec cette idée memoiresdescatastrophes.org
Serge Tisseron : « les catastrophes, quelle que soit leur origine, appartiennent à notre histoire, et la meilleure manière de se préparer à celles de l’avenir est de connaître celles du passé, et les multiples façons dont elles ont été surmontées. » ²

Sur le rôle du numérique dans la résilience collective face aux différents moments des catastrophes, voir le texte écrit par Serge Tisseron pour contribuer à ce cahier, dans la partie "Articles d'experts".

Ainsi, avoir une approche territorialisée des risques, c'est-à-dire intégrer dans le rapport des acteurs à leur territoire les enjeux des risques spécifiques, c'est aussi permettre à ces acteurs de s'ancrer sur leur territoire. Le risque et la mémoire des crises peuvent être des leviers pour aborder le rapport affectif et effectif d'un acteur à son territoire.

Vigicrues a intégré une plateforme nationale collaborative pour recenser les repères de crues passées en France : "Les repères de crue sont les témoins historiques des grandes inondations passées. Ils matérialisent le souvenir de ces événements importants, que le temps ou le traumatisme peuvent parfois biaiser, en indiquant le niveau maximum atteint par un événement d’inondation en un point donné. Ils rappellent ainsi les conséquences de la survenue d’une crue équivalente et permettent d’imaginer les conséquences au niveau local d’une telle hauteur d’eau."
Repères de crues ?Cette courte vidéo animée présente les grands principes de fonctionnement de la plateforme nationale. Qu'est ce que la Plateforme collaborative des... par FranceEcologieEnergie Le repère de crue, un élément de la culturereperesdecrues.developpement-durable.gouv.fr

Ancrer

S'ancrer sur son territoire

S'ancrer signifie se fixer solidement, s'établir, se rendre stable. Comment attacher les acteurs locaux à leur territoire, leur permettant ainsi de trouver des points d'ancrage quand il s'agit de faire face à des risques ou des crises ?

Est-ce que le numérique peut créer des espaces d'interactions entre les acteurs et leur territoire, pour compenser les effets de l'hypermobilité ?

« L’échelle globale n’est pas la bonne parce que personne ne vit dans un monde mondialisé. Chacun de nous est « situé », s’inscrit dans un ou plusieurs territoires » Bruno Latour, Télérama n°3436 du 18/11/2015 « tous en scène ! » p.53-55.

L'ancrage territorial passe beaucoup par des lieux ouverts et collectifs qui permettent aux habitants de se connaître et se réunir. L'innovation est à la fois un moyen pour créer ces lieux, et une fin en soi pour faire vivre l'innovation sur les territoires. Annabelle Boutet, sociologue spécialiste de l’inclusion numérique, montre la nécessité de ces lieux de proximité pour faire vivre les innovations numériques, et les innovations en général, dans la société via les usages qui en sont fait par les gens :

« Pour que les sociétés innovent et absorbent ces innovations, elles ont besoin de lieux et de voie de transmission à la fois des objets et des pratiques. Concernant les rapports aux innovations numériques, ces lieux de transmission se lovent dans chaque association, chaque bénévole, chaque service de proximité, chaque micro-projet qui accompagne la diffusion et l’appropriation des usages. » Rapport des petits frères des Pauvres sur l'exclusion numérique des personnes âgées, 2018

Enjeux organisationnels : ancrage, sécurité et agilité

Lors du Connecteur Recherche « Session 1 – Organisation territoriale et démocratie », la sociologue Séverine Bellina soulignait l'importance de la stabilité organisationelle, et pas que de l'adaptation, pour sécuriser les organisations publiques dans la perspective prochaine d'un régime de crise permanente.

« N’aurait-on pas besoin de certitudes et de stabilité plutôt que d’agilité ? Le Covid a montré l'importance du cadre national d’assurance sociale qui a créé un filet de sécurité et stabilisé la crise. Quel équilibre entre le cadre agile du local et le cadre sécurisant du national ? » Séverine Bellina

La question de l'ancrage territorial se couple avec celle de l'agilité des organisations territoriales. Si l'ancrage renvoie à la nécessité de penser en terme de territoire, cela ne signifie pas pour autant que l'organisation territorial soit être rigide, au contraire. Ancrage et agilité doivent être pensés dans la gouvernance globale, entre l'échelle nationale et locale, et entre les acteurs publics et les citoyens.

Béatrice Gisclard : « Au lieu de partir du risque et de ses conséquences négatives, il vaut mieux mettre en avant les valeurs positives et affectives liées au territoire. On peut ainsi passer d'une gestion du risque cadrée par les institutions, à un accompagnement concerté, et tendre vers des formes d'autonomisation. »

Autonomiser

Être autonome ne veut pas dire être seul, au contraire ça veut dire pouvoir se saisir de son espace d'actions possibles au sein d'un environnement et d'un collectif. Il s'agit de trouver son autonomie dans un écosystème d'interdépendances, à toutes les échelles spatiales : que ce soit au niveau individuel ou collectif, territorial ou national...

Localité et interdépendance des territoires

La crise du Covid a fait ressortir le besoin de proximité et de relocalisation. Quelle localité est souhaitable ? Exemple des tiers-lieux qui canalisent une puissance citoyenne de production et de socialisation locale, tout en créant les conditions numériques pour que cette puissance soit appropriable ailleurs.

Autonomie des données : utiliser les données locales (mobilités, ressources disponibles sur un territoire).

Empowerment, ou capacitation

L'empowerment est une notion aux définitions multiples et parfois contradictoires. Importée de l'anglais, elle s'articule autour du pouvoir - qui constitue la racine du mot - et du processus d'apprentissage qui permet d'y accéder (donc à la fois un état ou objectif, et un processus). Nous avons traduit cette notion par celle de la capacitation, qui a l'avantage d'intégrer le processus du pouvoir d'agir ("pouvoir de" et "pouvoir avec") compris en termes d’énergie, de compétences et de capacités ; mais a le défaut d'invisibiliser "le pouvoir sur", c'est-à-dire le pouvoir comme une relation dissymétrique.

L'utilisation de ce terme par tous les bords politiques semble attester d'un « tournant politique qui amène à considérer comme cruciaux les enjeux de pouvoirs locaux, la question de la participation et le rôle de l’individu dans la mise en œuvre de projets sociaux, économiques et politiques, conduisant à reconsidérer les formes de gouvernement et de gouvernance. » La capacitation peut être un vecteur d'émancipation en mêlant les notions de solidarité, de démocratisation, et de science citoyenne.

« Dans le contexte français, la reconnaissance des collectifs comme lieux de résistance, de solidarité et d’échange représente un défi essentiel, la discussion des enjeux de justice sociale étant une condition pour éviter les phénomènes de fermeture ou de repli sur le collectif. Au niveau institutionnel, cette reconnaissance passe par l’ouverture de véritables espaces de délibération et par des moyens accordés à l’émergence et au fonctionnement de ces groupes. » Marie-Hélène Bacqué, Carole Biewener

Les technologies numériques, particulièrement les TIC (Technologie de l'Information et de la Communication), jouent un rôle de plus en plus important dans ce tournant. Notamment en créant des nouveaux espaces de communications qui, au moment des crises, deviennent des espaces politiques et d'échanges indispensables.

Exemple de l'Observatoire des violences industrielles, créé par la plateforme d'autodéfense populaire face aux dangers industriels Notre Maison Brûle. Celle-ci a été conçue pour élaborer collectivement et partager localement des savoirs situés grâce à des outils d’enquête et de mobilisation sur une cartographie contributive. L'Observatoire, en partenariat avec Médiapart, créé une cartographie des accidents industriels pour que le grand public puisse mieux appréhender les conséquences de ces catastrophes pour la santé des travailleurs.travailleuses comme des habitants.habitantes et l’environnement : « il faut identifier les risques technologiques que les industriels et le gouvernement français font peser sur la population et les écosystèmes, grâce à un engagement populaire essentiel en ces temps de crise. » (Tribune de l'association).
Articles récentsNotre Maison Brûle est une plateforme d'autodéfense populaire face aux dangers industriels. Son objectif est de produire des contenus et de concevoir des outils utiles pour renseigner, cartographier et communiquer à toutnotremaisonbrule.net

Nouvelles formes de participation citoyenne

Nouvelles formes de participation citoyenne permises par les plateformes en ligne. La crise sanitaire du Covid-19 a fait naître une multitude de plateformes et de nouvelles formes de participation citoyenne. France Stratégie par exemple a lancé un appel à contribution sur un espace collectif en ligne du 1er avril au 31 mai 2020, pour un "après Covid-19 soutenable". Retrouvez la synthèse des 448 contributions.

De multiples plateformes en ligne ont été déployées pendant la crise du Covid-19 pour faire s'exprimer les citoyens. Retrouvez dans les "Éléments" notre compte-rendu de la webconférence organisée par France Stratégie le 9 juillet 2020 pour mettre en lumière les initiatives des plateformes Bluenove, Civocracy, Actons.fr, Make.org et Le jour d'après, qui ont mis en place des consultations citoyennes pendant le confinement.

Accompagner

Les populations vulnérables

Elles sont les premières touchées un cas de crise (populations les moins mobiles, les plus fragiles physiquement, qui ne parlent pas la langue ou ne connaissent pas le fonctionnement des administrations). Il s'agit de comprendre la complexité des populations qui habitent un territoire, et d'être capable d'adapter les informations et les politiques publiques aux populations ciblées.

Exemple de la crise Covid qui, comme la grande majorité des crises dans le monde, affecte plus particulièrement les femmes et les filles. Voir document de la Banque Mondiale. Des mesures d'accompagnement spécifiques pour les femmes battues en situation de confinement se sont avérées vitales pour certaines. La diversité des canaux numérique permet d'adapter l'accompagnement aux situations particulières de crise : ligne téléphonique nationale adaptée, plateforme en ligne renforcée (canal plus adapté si des femmes ne peuvent pas s'isoler pour parler). Ainsi que l'utilisation de personnes-relais pour rester en contact avec cette population (mobilisation des pharmaciens et pharmaciennes).

L'exclusion numérique

Accompagner les populations vulnérables, c'est aussi accompagner les personnes exclues numériquement. Celles-ci peuvent se retrouver isolées et en manque d'informations. La fragilité numérique est un facteur de vulnérabilité d'un territoire. L'indice de fragilité numérique est un outil créé à l'attention des acteurs publics pour identifier et typologiser les zones de fragilité numérique sur un territoire.

Découvrez et participez à l'indice de fragilité numérique !A titre d'exemple, l' Institut du Numérique Responsable (INR) de La Rochelle s'est saisi de l'indice de fragilité numérique pour établir une cartographie nationale . Cette expérimentation, qui donne un premier aperçu de solidarites-actives.com

Les populations

Accompagner c'est se joindre, aller avec, c'est une logique horizontale de communication et de relation. Tout au long d'une crise, plus la population concernée est informée et accompagnée dans ce qu'elle vit, plus elle peut être à même de réagir en adéquation avec les besoins de la situation. Les Technologies de l'Information et de la Communication ont fait bouger les choses, particulièrement les réseaux sociaux qui sont devenus des canaux d'information indispensables. La logique d'accompagnement long terme permet de créer de la confiance, ciment nécessaire à la légitimé d'une information.

Exemple des gendarmes du Var : « Les gendarmes du Var sur leur compte Twitter @gendarmerie83 ont par exemple mobilisé l’humour décalé pour sensibiliser les internautes aux limitations de vitesse sur les routes et informer sur les radars. Cette stratégie leur a permis de gagner un nombre conséquent de followers tout en se positionnant en tant qu’interlocuteur crédible. Cette reconnaissance leur permet aussi d’être légitimes dans le temps de la crise. »
« La confiance ne s’impose pas, elle se construit dans le temps à partir d’une « sensibilité empathique » (Rifkin, 2011), ce qui revient pour l’État à répondre aux besoins des personnes et non simplement à diffuser une information. » Béatrice Gisclard
Exemple du jeu en ligne créé dans le cadre du dipositif Episeine, "Sensibilise-moi si tu peux". L'objectif est d'apprendre, grâce à un échange sms avec des chatbots, à adapter son discours sur les risques inondation à son interlocuteur. Il s'agit de comprendre quel niveau de connaissance sur le risque et quelle approche du risque a son interlocuteur pour pouvoir lui donner l'information la plus pertinente.
Jeu en ligne - Sensibilise-moi si tu peuxLe Mag Les Actualités Jeu en ligne - Sensibilise-moi si tu peux Grâce au jeu "Sensibilise-moi si tu peux", apprenez à sensibiliser le public au risque d'inondation. Sous la forme d'une conversation SMS, adressez-vous à Mepiseine.fr

Pour autant, le temps de l'urgence de la crise est un moment particulier qui demande un type d'accompagnement spécifique. En 2022 est prévu le déploiement en France de la technologie de la diffusion cellulaire, qui permet d'envoyer des messages sur tous les téléphones présents dans une zone déterminée. C'est un outil qui a fait ses preuves dans les crises à l'étranger, et il va permettre de créer un lien de communication fiable des pouvoirs publics vers les populations. Deux points de vigilance pour que cet outil reste facilitant : 1. Tout le monde n'a pas accès à un mobile et une bonne réception, l'oublier c'est mettre certaines personnes déjà vulnérables en danger. L'outil doit se coupler avec des moyens humains pour palier à cela à des niveaux micro-locaux. 2. L'information transmise doit prendre en compte le ressenti des personnes qui la recevront, au risque d'être mal interprétée et contre-productive. Accompagner, et pas juste rassurer, c'est adapter le contenu du message aux aspects psychologiques et émotionnels.

« Il y a un décalage entre le discours administratif délivré aujourd'hui au public au moment des crises, et le discours émotionnel porté par les gens, qu'on peut trouver notamment sur les réseaux sociaux. » Paul-Henri Richard
Dispositif Episeine : kit de communication de crise clé en main pour les collectivités franciliennes face au risque inondation. Avec des messages spécifiques aux habitants et aux entreprises, travaillés en fonction de scénarios d'inondation, mais adaptables. « Une diffusion d'autant plus efficace, pour les collectivités, qu'elles déploieront toutes le même message en utilisant le kit en cas de crue » : voir la partie Mutualiser.
Communication de crise : les collectivités franciliennes outillées face au risque majeurL'accident de Lubrizol l'a montré récemment : en période de crise , le déploiement d'une communication pertinente et coordonnée est primordial. Une nécessité prise en compte face au risque naturel majeur d'inondation surcap-com.org

Cultiver

C'est quoi la culture du risque ?

Un terme qui revient beaucoup est celui de la culture du risque. Mais ce terme est fortement critiqué autant par le monde académique que professionnel, qui y voient un élément de rhétorique pour critiquer, plus qu'un véritable concept pertinent. La culture étant un terme lourd qui implique des choses ancrées dans l'identité et l'héritage des personnes, qu'elles s'approprient tout au long de la vie, et qui ne dit finalement rien du savoir très concret dont doivent disposer les gens face à un événement dangereux. De plus, parler de culture du risque laisse croire « qu’il existerait une méthode de décision absolument rationnelle et une organisation définitivement optimale pour affronter l’incertitude » (François-Xavier Albouy). Pourtant cela renvoie bien à un ensemble de problèmes réels de comportements de tous types d'acteurs face aux catastrophes. Comment opérer alors leur transformation ?

Ce concept se déploie en fait en deux problèmes (voir article de Jean-Christophe Blésius) : celui de la mémoire et de la conscience du risque ; et celui de la connaissance des modèles comportementaux à adopter. Sur la mémoire, voir plus haut Se souvenir. Le second aspect est donc celui de savoir quels comportements adopter dans l'urgence, et s'apparente plutôt à ce que les Québécois appellent une culture de la sécurité civile.

L'Observatoire participatif du risque canicule participe activement à la culture locale du risque canicule. Dans le cadre du projet IMPLIC financé par l'Agence Nationale de la Recherche et de l’observatoire participatif du risque canicule des ateliers étaient organisés début septembre 2020 au FabLab de Nîmes.
Risque Canicule - Observatoire du Risque CaniculeAfin de répondre aux problématiques suivantes : quels sont les initiatives mises en place par la population pour faire face au risque canicule ? Et comment développer la mémoire collective et la conscience des populationrisquecanicule.fr
L'ANSSI a publié un guide à destination de tous types d'organisations, pour organiser des exercices de gestion de crise d'origine cyber et préparer les membres des structures à faire face à ces attaques imprévues. Les petites structures sont moins bien préparées aux risques, les exercices demandant un certain temps et budget. Ce guide est conçu pour palier ce problème : le format par étapes permet « d’envisager une externalisation de tout ou partie de ces étapes, afin que chaque organisation, quelle que soit sa taille et son budget, puisse s’engager dans ce type d’exercice. »
Publication : Organiser un exercice de gestion de crise cyberFace à une menace informatique toujours croissante et en mutation, l'amélioration de la résilience numérique par l'entraînement à la gestion de crise cyber n'est plus seulement une opportunité, mais bien une nécessité possi.gouv.fr

Quelle culture numérique cela suppose ?

Aujourd'hui une grande partie des informations (à toutes les échelles et entre tous types d'acteurs) passent par un canal numérique. Il est donc indispensable de penser la culture du risque en parallèle de la culture numérique.

Culture de la donnée

Mutualiser

Équipements

La nécessité d'une exigence d'interopérabilité entre les outils. Un préfet avec qui nous avons eu un entretien nous partageait que son outil de visioconférence n'était pas compatible avec certaines administrations avec qui il devait communiquer. L'innovation technologique est une industrie émergente, de nouveaux outils sortent tous les jours

Équité de l'équipement.

Ouvrir les données

Un des principaux problèmes lors des crises, où l'action collective doit être rapide et efficace, est celui des données : quelles données sont nécessaires ? quelles données partager ? quelles données aller chercher et auprès de qui ? Les données ouvertes

Recommandations de Pierre Chrzanowski (spécialiste en développement numérique auprès de la Banque mondiale et consultant open data) pour mettre en pratique les principes de l'open data dans la gestion des risques :

  1. Évaluer votre processus actuel de gestion des risques et caractériser les principaux problèmes ou enjeux pour chaque étape de la gestion de risque (détection, prévention, réduction, préparation, réponse, reconstruction, etc.) ainsi que les solutions associées (outils, méthodes, analyses, données, etc.);
  2. Identifier et définir les données essentielles nécessaires pour chaque étape. Ces données devraient à minima inclure des données de base, comme les données géographiques, des données permettant de caractériser les aléas et de mesurer les risques, des données sur les
    populations et infrastructures exposées, ainsi que des données opérationnelles, notamment en ce qui concerne la réponse à la crise (liste des acteurs, localisation des infrastructures d'urgence, etc.) ;
  3. Réaliser un inventaire des données ouvertes, ou en accès restreint, collectées par des acteurs externes et répondant aux critères de données essentielles définies dans l'étape 1 ;
  4. Réaliser un inventaire des données collectées ou gérées par votre organisation ; évaluer en termes de menaces et opportunités si ces données peuvent faire l'objet d'une diffusion à un groupe restreint ou en open data ; enfin identifier les données dont le traitement est
    juridiquement contraint (données personnelles qui entre dans le cadre du RGPD, données sensibles ou stratégiques à protéger, données publiques ou d'intérêt général à diffuser, etc.) ;
  5. Suite à ces différentes étapes, vous devriez être en mesure de décider plus facilement quelles données collecter, partager, ou utiliser dans le cadre des solutions déterminées afin d'améliorer votre gestion des risques.

Collaborer

Entretenir les collaborations

Le numérique créé des nouveaux espaces de collaboration et d'échange d'informations, la fluidité des informations étant une des clés d'une bonne appréhension d'un risque et d'une crise. Mais la collaboration n'est pas quelque chose qui apparaît magiquement : elle ne peut ni émerger de l'outil (ce n'est pas parce qu'une plateforme de discussion est créée que la collaboration marche), ni advenir au moment des crises, si elle n'est pas créée en amont et entretenue régulièrement.

« Les mots-clés de la gestion de crise sont solidarité, cohésion et unité d’action. Mais la crise ne fait pas émerger ces phénomènes, il faut les mettre en place en amont. Les conditions d’une bonne préparation : maintenir des bonnes relations entre tous les acteurs qui doivent collaborer en temps de crise, et faire des exercices réguliers. », nous partage un ex-préfet

L'exercice, comme le précise cet ex-préfet, est utile qu'elle que soit la crise pour laquelle on s'exerce, car il sert plus à créer des cohésions qu'à préparer un plan d'action précis. La géographe Magali Reghezza-Zitt, spécialiste de la résilience et des risques majeurs, confirme ce constat en montrant que la planification est pertinente même pour affronter des crises majeures qui dépassent le cadre prévu par les plans :

« L’exercice permet de créer des routines pour réagir aux imprévus, mais aussi, plus largement, d’apprendre aux acteurs à se connaître, à échanger de l’information, ce qui est une façon de réduire l’inconnu, et de développer l’expérience et les synergies qui permettent de faire face au hors-cadre. » Magali Reghezza-Zitt

Faire des partenariats recherche / praticiens

 « Si on constate des avancées sur le plan des recherches en sciences humaines et sociales concernant le développement durable, la vulnérabilité et la résilience, force est de constater que les autorités publiques peinent encore à transcrire ces concepts dans leurs politiques et dans les mesures juridiques qui les accompagnent. » Valérie Sanseverino-Godfrin ³

Open data : utiliser les données récoltées comme des leviers de connaissances qui peuvent être actionnés par des chercheurs. Etalab.

Exemple de la boîte à outils à l'attention des universités et des territoires, pour aider à déployer les outils pour inventer des ponts entre la recherche et les territoriaux. Présentée par la démarche Riposte Créative Territoriale, lancée par le labo du CNFPT, pour créer un réseau d'acteurs territoriaux en intelligence collective qui veulent apprendre de la crise covid.
https://ripostecreativeterritoriale.xyz/files/BoiteAOutilsPourBatirLesPartenariatsEntr_fichierpdf_etsboiteaoutilemilierouin.pdfripostecreativeterritoriale.xyz

Impliquer la société civile

Impliquer la société civile comme non seulement partie prenante, mais aussi actrice dans les risques et les crises. Ce problème de la non-intégration des habitants dans les politiques publiques locales liées aux risques, se couple d'une crise démocratique globale. Le sujet du risque peut être un levier pour impliquer l'individu (et les micro-collectifs locaux) à la fois en tant qu'habitant et en tant que citoyen.

« L’habitant, parce qu’il pratique son environnement quotidiennement, est au final un expert sensible de son territoire » Béatrice Gisclard
La carte collaborative est un outil très représentatif de la manière dont on peut mobiliser la société civile, sans passer par des entreprises privées. De nombreuses cartes ont vu le jour pendant la crise covid, à l'initiative de collectifs, ou d'administrations locales, pour auiguiller l'accès aux ressources des territoires : par exemple, cartographier les circuits alimentaires courts maintenus pendant la crise sur son territoire (proposé par le CIVAM du Gard).
La plateforme Humanitarian OpenStreetMap permet de mobiliser tous les acteurs d'un territoire en crise pour faire des cartes très précises rapidement, favorisant l'aide et l'intervention. Libre et en open source, on peut extraire facilement et gratuitement les données d'une zone.
Humanitarian OpenStreetMap Team | HomeSpatial Collective, Humanitarian OpenStreetMap Team, and OpenMap Development Tanzania extend their engagement to Mwanzahotosm.org

Impliquer les entreprises

Comme on l'a vu, les entreprises sont des parties prenantes cruciales au moment des crises, et plus généralement sont des facteurs importants de la résilience des territoires. Les entreprises parce qu'elles sont responsables d'une partie des infrastructures, parce qu'elles concentrent une partie des ressources, parce qu'elles incarnent des collectifs avec leurs propres canaux d'information, parce qu'elles

L'ouvrage EU Sequana, la gestion de crise à l'épreuve de l'exercice fait le compte-rendu de l'exercice à grande échelle organisé en Île-de-France en 2016, pour se préparer à la prochaine crue centennale de la Seine. Dans le chapitre « La coproduction public-privé de continuité d'activité comme nécessité absolue dans la réponse à apporter à la problématique de la crue de la Seine », Benoît Vraie et Laurent Audouin proposent une méthodologie novatrice pour impliquer les entreprises face aux crises. Ils tentent de réinventer la coordination public-privé dans la gestion de crise, basée sur : l'organisation d'une gouvernance, l'adhésion de tous les acteurs de la vie économique, une stratégie de continuité d'activité (mutualisation de ressources à l'échelle locale par exemple), et une stratégie résiliente de reconstruction post-crise.
Exemple Air Bnb qui a fourni des logements d'urgence dans la crise.

Innover

« Pour assurer la survie d’une société après une catastrophe, il faut donc incorporer des innovations permettant de renforcer la résilience. Paradoxalement, la stabilité d’une société, sa pérennité passe par le changement. » 4

L'innovation sociale territorialisée, un levier pour la montée en responsabilité des habitants face à un risque.

« Développer une conscience et une appropriation du risque (et notamment par des formes d’innovation sociale territorialisée) revient à réintroduire l'inondation dans un quotidien » Béatrice Gisclard

Improviser collectivement

« (L’improvisation collective) est, paradoxalement, susceptible d’apparaitre rassurante pour les participants dans un monde en tension qui est, d’une part, de plus en plus assujetti à la coordination, aux procédures et à la standardisation par les normes et, de l’autre, soumis aux aléas permanents de l’activité et aux dysfonctionnements organisationnels » Cite Luc Boltanski et Ève Chiapello ⁴

Les outils numériques offrent la possibilité de créer rapidement des espaces de collaboration qui permettent l'improvisation collective, même s'ils n'en sont pas la condition sine qua non.

Exemple du serious game « Be Human in the Chaos », créé par Thierry Ménissier (voir son texte dans la partie "Article d'experts") et Fabienne Martin-Juchat, pour inviter les participants à trouver des nouvelles manières d'agir dans une situation de chaos et d'incertitude : « les pratiques professionnelles courantes, en focalisant le comportement prescrit sur l’intérêt réciproque, ont non seulement appauvri les relations d’échange informel entre les individus, mais encore enfermé chacun dans un cadre très étroit qui amenuise ses ressources en limitant son pouvoir d’inventer des possibles. »

Notes

  1. Valérie November est géographe, directrice de recherche au CNRS, et spécialiste des questions du risque et du territoire. « Comment favoriser l’équité territoriale face aux risques? », Métropolitiques, 2012 : http://www.metropolitiques.eu/Comment-favoriser-l-equite.html
  2. Serge Tisseron est psychiatre et président-fondateur de l'IHMEC.
    « Mot du Président » sur le site de l'IHMEC.
  3. Valérie Sanseverino-Godfrin, « Risques naturels, vulnérabilité, résilience et droit dans un contexte de développement durable », 20èmes JSE - Environnement entrepassé et futur: les risques à l’épreuve des savoirs, 2009, Créteil, France, p.9
  4. Johnny Douvinet, Béatrice Gisclard, Gilles Martin, « Révolution numérique et médias sociaux : un changement de paradigme dans la gestion globale des risques ? », Congrès Lambda Mu 21, Maîtrise des risques et transformation numérique: opportunités et menaces, 2018, Reims, France : https://hal.archives-ouvertes.fr/hal-02065001/document
  5. Dauphiné André, Provitolo Damienne, « La résilience : un concept pour la gestion des risques », Annales de géographie, 2007/2, n° 654, p. 115-125 : https://www.cairn.info/revue-annales-de-geographie-2007-2-page-115.htm
  6. Béatrice Gisclard : https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01669042/file/2017-12_GisclardB_v0.pdf
  7. Cite Bolstanski & Chiapello 2011, dans Fabienne Martin-Juchat et Thierry Ménissier, « Comment se projeter affectivement dans la modernité radicale : action collective, réflexivité, autonomie », Revue française des sciences de l’information et de la communication, 14 | 2018 : http://journals.openedition.org/rfsic/4068

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