Innovation monétaire

Innovation monétaire

Quelles innovations pourraient être pertinentes en terme de monnaies et de monnaies complémentaires.



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Notions de base - Annexe 11 - Clarisse Herrrenschmidt : les signes de la monnaie

Version du mardi 27 septembre 2011

Points importants :

  • Les monnaies frappées ont été conçues avant tout comme un échange entre les vivants et l’invisible. Elles peuvent être assimilées à un langage ; 

  • Souvent les monnaies “parlent”, et se comportent pratiquement comme des êtres plutôt que des objets ; 

  • Les monnaies ont formé les populations à compter et aux rapports entre les choses ; 

Les monnaies comme signe

Les signes de l’écriture sont reliés à la psyché humaine. La même question se pose avec l’écriture monétaire qui s’intéresse à l’arithmétique et au rapport entre les choses.

 

Il y a eu beaucoup de monnaies depuis 3300 ans avant notre ère (basées sur le Sel, les câpres…), mais ici pour parler des signes, nous nous intéresserons à la monnaie frappée qui est apparue en 600 avant Jésus Christ. A cette époque, la déesse Artemis est responsable de la mort des femmes en couche. La monnaie est avant tout un échange entre les vivants et l’invisible pour s’attirer les bonnes grâces de la déesse.

 

On trouve à cette époque des monnaies qui consistent en un moulage d’electrum, un alliage d’or et d’argent, frappé d’un coin qui permet d’indiquer  quelle ville a émis la monnaie et donc dans quel étalon. Par exemple la ville de Fez (dont le nom signifie « fossé ») utilise un fossé. La ville d’Argos qui regroupe des mathématiciens, surtout dans le domaine de la géométrie, comme Thalès utilise un compas. D’autres fois, le signe est un jeu de mot. Ainsi la ville de Selinon utilise une feuille (qui se dit « selinum »). Plus tard, Florence utilisera un Lys (qui est une fleure, une « fiore »).

 

La monnaie française s’est appelée le franc (qui signifie « libre ») après qu’il fallut frapper monnaie pour servir de rançon pour libérer le roi Jean II otage des anglais (le roi est franc).

 

Ainsi les monnaies frappées sont des vecteurs de signes, tout comme les chèques et les billets. Par exemple dans la lettre de change, il y a un engagement de la personne, indiqué à la main avec son nom. On parle de monnaie scripturale, c’est à dire de monnaie graphique. La monnaie peut être assimilée à un langage mais pas à une langue. En effet, la langue est le seul système sémiologique qui puisse parler de lui-même, ce qui n’est pas le cas de la monnaie.

Quand l’objet monnaie se met à parler

Les signes sur les monnaies peuvent être des lettres, des dates, des lois, le nom des responsables, des chiffres ou des images. Ils permettent de faire un lien avec l’invisible (actuellement l’Etat qui les garantit). Au-delà de l’analyse économique et monétaire, il faut prendre en compte également un régime sémiologique. Il faut savoir qui écrit ? Qui est l’émetteur du signe ? Sur une pièce on peut voir un cerf et le texte « je suis le signe de Phanès (il s’agirait du nom secret d’Artémis) ». Dans ce cas qui parle ? Le cerf, la monnaie ou Artémis ? L’objet lui-même parle. On retrouve la même chose sur les billets anglais où est représentée la reine d’Angleterre avec le texte suivant « I promess to pay the sum of 10 pounds » (« Je promets de payer la somme de 10 livres sterling). De même, sur les billets américains actuel est indiqué « in God we trust » (en Dieu nous croyons) mais qui est le « nous » ? L’émetteur  du billet, le peuple américain ? On ne trouve, par contre, aucune « monnaie parlante »  dans la tradition française

 

La monnaie parle mais elle fait aussi parler dans le cadre de la « bavarderie légère de l’échange des choses » (Herodote indiquait que les perses ne voulaient pas de la monnaie « car elle fait mentir »). A l’opposé, on parle dans certaines sociétés de « troc muet » ritualisé.

 

Cette monnaie qui parle et dit des choses à l’aide de signes pose la question de la séparation entre les êtres et les choses (voir la présentation de Laurent Gille sur les régimes de valeur)

Apprendre à dire des choses et apprendre à calculer

Ce n’est que récemment que les populations ont été habituées au calcul par les monnaies. Dans les sociétés antiques, on ne pense pas que les êtres et les choses ont des rapports arithmétiques. L’apprentissage de l’alphabet permet d’écrire. L’apprentissage de la monnaie permet de calculer. Actuellement ce travail cognitif est fait même dans les populations qui ne vont pas à l’école et  ne savent ni lire ni écrire…

 

1 Clarisse Herrenschmidt est chercheur au CNRS. Elle est antiquiste, philologue et linguiste de formation, mais aussi archéologue. Elle est rattachée au Laboratoire d'Anthropologie Sociale du Collège de France. Elle est l’auteur du livre les trois écritures, langue, nombre, code aux éditions Gallimard. Ce texte résume sa présentation lors de la rencontre sur l’innovation monétaire le 27 septembre 2011 au lieu du design

Fabien Eychenne

A propos de moi

Fabien Eychenne, 31 ans, a rejoint la Fing en 2005 en tant que Chef de Projet. Il a notamment animé un réseau d'expérimentateur d'ENT, conduit l'étude Musique &...

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