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Quelles innovations pourraient être pertinentes en terme de monnaies et de monnaies complémentaires.

Version du mercredi 7 septembre 2011
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Points importants : Un ensemble de questions sont nécessaires à traiter pour qu’une monnaie complémentaire puisse remplir son rôle :
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Grâce à l’internet et aux applications sur téléphone mobile, il devient plus simple et moins honéreux de créer une monnaie spécifique, à condition de respecter certaines règles. Voici quelques questions qui s’inspirent des conseils de Bernard Lietaer1 et des travaux préparatoires de l’expédition de la Fing sur l’innovation monétaire2.
1. Une monnaie complémentaire pour quoi faire ?
2. Quelle gouvernance mettre en place ?
3. Quelle(s) valeur(s) évalue ou mesure la monnaie ?
4. Quelle taille critique ?
5. Comment gérer la masse monétaire ?
6. Convertibilité et taxation
7. Gérer la spéculation et la thésaurisation
8. Choisir le support de paiement
9. Choisir le moment approprié pour lancer la monnaies
10. Ne pas négliger l’animation du système / de la communauté
Si une monnaie complémentaire est une monnaie qui se restreint à un domaine particulier, il est possible de favoriser ce domaine particulier : d’y faciliter l’échange, d’en permettre de rendre visible des éléments de valeur, voire de favoriser l’investissement (voir la piste d’innovation n°2 “articuler indicateurs et monnaies pour investir tout en rendant difficile la spéculation). Qu’il s’agisse d’un projet porté par un territoire, une association, une entreprise ou une communauté, il convient donc de savoir à quoi doit servir cette monnaie ?
Quels sont les besoins/carences et les objectifs qui ne sont pas remplis à l’échelle du territoire, de l’entité, de la communauté?
Quelles sont les ressources considérées comme sous-employées : les personnes sans emploi, les espaces vides et inoccupés, la nourriture non consommée, les talents inexploités, etc.
Comme à Curitiba, où elle a permis d’améliorer la gestion des déchets tout en améliorant les conditions de vie de nombreux habitants (récompensés par des jetons de bus et des bons pour de la nourriture), “une monnaie complémentaire peut être une manière de construire un pont entre des besoins sans réponse et des ressources inexploitées”3.
La première question à se poser est donc de savoir ce que l’on cherche à favoriser avec la mise en place d’une nouvelle monnaie complémentaire :
Favoriser une économie locale ou régionale en orientant les achats vers un territoire particulier (comme le Sol Violette, la Mesure, l’Abeille, le Chiemgauer, le Palmas…). Dans ce cas, de la monnaie conventionnelle est convertie en monnaie locale (avec parfois un avantage de “fidélité” pour l’utilisateur)
Compenser le manque de monnaie conventionnelle en ajoutant une deuxième monnaie distincte séparée de la monnaie conventionnelle (comme le WIR suisse, le Red de Trueque Solidario argentin, le Scec italien…)
Favoriser le lien social dans une communauté en facilitant les échanges de services (comme les SELs…)
Favoriser la réputation dans un groupe pour y développer la confiance (comme le Twollar, Exploracoeur…mais également les étoiles utilisées par ebay, covoiturage.fr…))
Favoriser un comportement particulier, qu’il s’agisse de la fidélité des clients (Miles…), d’un comportement respectueux de l’environnement (Curiciba…), de la solidarité envers les ainés (Fureai Kippu…) ou encore de la culture (Narayan Banjar…)
Favoriser l’investissement tout en limitant la spéculation (Moniba…)
Lorsque l’objectif de la monnaie est de favoriser un comportement, la contrepartie peut être différente. Elle est souvent perçue comme une récompense. Dans ce cas, il faut également se demander si la récompense est cohérente avec l’objectif pousuivi. Ainsi, le tri des déchets à Curiciba permet d’obtenir des “jetons” pour les transports en commun. Si par contre une monnaie de covoiturage permettait d’obtenir des miles pour des voyages en avion, cela poserait un problème de cohérence avec l’objectif de préservation de l’environnement…
Dans certains cas, les monnaies nationales peuvent très bien servir l’objectif à atteindre. Dans d’autres cas, mettre en place une monnaie peut rentrer en conflit avec les mécanismes de confiance déjà présents dans le groupe. La question qui doit être associée à celle sur l’usage prévu de la monnaie est donc : “faut-il une monnaie complémentaire”4, ou en d’autres termes “faut il monétariser” (mettre une monnaie dans les échanges) et si oui “faut il monétiser” (angliscisme : utiliser une monnaie nationale classique).
Il ne s’agit pas de définir les caractéristiques d’une monnaie et d’attendre que des personnes l’utilisent. Au contraire, il est fondamental pour qu’une communauté s’approprie une monnaie, de réfléchir et d’aboutir à une gouvernance acceptée par tous.
C’est donc avec la communauté elle-même ou avec ses représentants que les choix présentés dans la partie suivante doivent être faits. Pour cela la qualité du leadership est fondamentale : les initiateurs de la monnaie doivent faire preuve d’ouverture et de charisme tout en acceptant un contrôle transparent par la communauté.
Il peut être également utile d’impliquer dans le projet et sa gouvernance non seulement les utilisateurs de la monnaie, les commerçants, mais également les collectivités territoriales. Lorsque celles-ci sont parties prenantes tout en conservant l’initiative citoyenne, cela peut donner une légitimité à la monnaie. Il est même possible pour la collectivité, d’accepter une partie du paiement des taxes dans la monnaie complémentaire, celles-ci pouvant être utilisées pour les dépenses locales ou reconverties en monnaie conventionnelle.
La première fonction de la monnaie est de séparer le moment où on donne un bien et un service et le moment où on en reçoit un autre. Cela permet de faciliter les échanges et parfois de permettre l’investissement dans un groupe de personnes. La monnaie a également une fonction d’indicateur de valeur qui permet souvent de “mesurer” la valeur du bien ou service donné ou acquis.
Il est important donc de bien décider ce que l’on mesure ou que l’on évalue :
La monnaie peut être indexée sur une monnaie nationale ou un panier de monnaies (qui mesure une valeur d’échange) afin de faciliter soit la convertibilité soit le calcul de la taxation lorsque celle-ci est nécessaire ;
Elle peut mesurer une valeur d’échange différente, sans référence à une monnaie nationale (comme c’est le cas dans certains SELs qui servent à développer des échanges non professionnels –de simples échanges de services- entre les membres d’une communauté ;
Elle peut être comptée en temps qui, contrairement à la valeur d’échange perçue, a l’avantage de ne pas fluctuer (et donc de représenter un véritable étalon pour faire les comptes). Ce type de monnaie peut cependant exclure les “chrono-pauvres” qui pourraient apporter des services à haute valeur en un temps (un conseil qui prend peu de temps mais peut s’avérer précieux ou bien un acte qui bien que court peut demander un grand savoir-faire…). Dans ce cas, la valeur d’échange est déterminée non pas par l’utilité d’un bien mais par la quantité de travail qu’il incorpore dans sa production (on parle de “valeur travail” en économie)
Ou encore comptée en objet (le brésilien dans les universités brésiliennes permet de faciliter les échanges des objets dont on ne se sert plus sur la base de “un objet – un gran”)
Il est également possible de mesurer d’autres choses que la valeur d’échange, comme par exemple :
La valeur d’usage. Mais dans ce cas il faut prendre deux indicateurs différents car la valeur d’usage pour le vendeur n’est pas forcément la même que la valeur d’usage pour l’acheteur.
Un comportement que l’on souhaite encourager au sein d’une communauté, comme la participation (qui peut être mesurée en temps ramenant alors à une valeur-temps mais bénéficiant à la collectivité), le covoiturage…
Un comportement qui donne confiance pour investir sur la personne (voir la fiche d’innovation n°2 “articuler indicateurs et monnaies pour rendfre difficile la spéculation”)
Certains comportements ne peuvent pas être mesurés objectivement mais seulement évalués subjectivement, parfois par l’ensemble de la communauté, comme l’estime par exemple. Dans ce cas la monnaie devrait elle-même être non mesurable (voir la piste 4 “des monnaies non mesurables”) et parfois la contrepartie ne vient pas d’une seule personne mais de tout un groupe (voir la piste d’innovation n°5 “des monnaies non transactionnelles”)
D’autres comportements ne peuvent être évalués subjectivement que par la personne elle-même, comme la réalisation de soi
Aucun indicateur ne permet à lui seul de favoriser toute la diversité des échanges, des usages et des comportements. Ce qui justifie l’intérêt d’une multiplicité de monnaies. Une approche consiste également à multiplier les indicateurs pour une même monnaie (voir la fiche d’innovation n°1 “multiplier les indicateurs”)
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Type de valeur |
Exemple |
Type d’évaluation |
Nombre d’évaluation |
bénéficiaire |
Remarque |
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Biens et services (marchands ou non) |
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Valeur d’échange (utilité perçue par le vendeur et l’acheteur) |
Monnaies nationales Monnaies régionales Certains SELs |
Subjectif |
simple |
L’acheteur |
Prix précis fixé par la négociation qui permet d’obtenir une valeur mesurée à partir de deux valeurs perçues subjectives |
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Valeur travail produite |
Monnaies de temps |
Objectif |
Simple |
L’acheteur |
Étalon constant (le temps) |
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Valeur d’usage |
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Subjectif |
Double |
L’acheteur |
La valeur d’usage est différente pour les 2 parties : jeu à somme non nul permettant de créer de la valeur) |
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Comportements |
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Comportement mesurable |
Monnaies de participation Monnaies de fidélisation |
Objectif |
Simple |
Collectif ou une organisation |
Souvent par système de récompense |
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Comportement évaluable par la communauté |
Monnaies de réputation Monnaies d’estime |
Subjectif |
Multiple |
Collectif (ou un seul bénéficiaire) |
Valeur rendue mesurable (réputation, prestige) ou conservant son coté non mesurable (estime) |
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Comportement évaluable par le producteur |
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Subjectif |
Simple |
Collectif (et la personne elle-même) |
Réalisation de soi |
Une monnaie est un système de résolution de dette au sein d’une communauté. Mais quelle doit être la taille de la communauté ?
On constate souvent que quelque chose à d’autant plus de valeur qu’il est rare (un secret, une matière première) mais si on parle de l’intérêt de mettre en place une monnaie elle-même, alors la valeur est à l’inverse d’autant plus grande que la communauté est grande. Ce type de valeur par le nombre se retrouve dans les réseaux d’objet (téléphone, internet…) ou de personnes (réseaux sociaux, monnaies dans une communauté…). Elle suit la “loi de Metcalfe5” : “L’utilité d’un réseau est proportionnelle au carré du nombre de ses utilisateurs”.
On considère généralement qu’une monnaie commence réellement à fonctionner à partir d’une centaine de personnes l’utilisant. Cela vient sans doute du fait que dans un groupe quelques dizaines de pourcent des personnes au plus vont réagir spontanément. Avec un groupe de cent, au moins une dizaine de personnes commencent à échanger en utilisant la monnaie donnant un attrait suffisant pour que de nouveaux membres de la communauté l’utilisent ou que d’autres personnes rejoignent la communauté.
Il est cependant possible d’utiliser ponctuellement une monnaie avec un petit nombre de personne. Certains SELs fonctionnenent avec 25 ou 30 personnes très actives. Dans l’expérience du Flore, dans le Morvan, l’utilisation de la monnaie ne durait qu’un soir, avec une douzaine de personnes, dans le but de démontrer le fonctionnement d’une monnaie. Dans ce cadre bien précis, l’ensemble des participants ont joué le jeu permettant de générer un nombre d’échanges minimum suffisant. Il faut cependant faire attention à ne pas pérenniser des monnaies sur un trop petit groupe où la confiance dans la monnaie viendrait en remplacement des mécanismes classiques de confiance entre les personnes (qui rentrent dans les capacités cognitives de l’être humain, au moins jusqu’à un groupe de douze personnes).
Dans une monnaie complémentaire dont le but est de favoriser le développement économique local ou régional, on pourrait également se poser la question du nombre minimum de commerces l’utilisant (par exemple 40 commerces pour le SOL violette à Toulouse, 5000 en Belgique pour l’euro-RES). Cependant, à Wissous en région parisienne, un seul magasin pour l’instant accepte le RES (vente de CD et de DVD). Cela n’empêche pas le démarrage de la monnaie, même s’il est bien plus intéressant d’avoir un plus grand nombre de commerces.
Un cas fréquent est celui des monnaies complémentaires locales commerciales qui ont pour but d’orienter les achats vers les producteurs et les commerçants d’un territoire donné. Dans ce cas, il n’y a pas de création directe de masse monétaire. La monnaie complémentaire est mise en circulation au fur et à mesure que des personnes convertissent de la monnaie conventionnelle dans cette monnaie locale.
Cependant, dans certains cas, pour donner un avantage aux personnes qui achètent local, on reçoit plus de monnaie complémentaire pour une même somme (par exemple 21 SOL Violette à Toulouse pour 20 € donnés même si dans les commerces 1 € = 1 Sol). Cela revient à proposer une réduction –ici de 5%- pour ceux qui achètent local. Par ailleurs, il y a un dédoublement de la masse monétaire : la monnaie conventionnelle qui est convertie est réutilisée en étant placée en général dans un “fond de garantie” qui peut être placé dans une société financière comme la NEF et permet de financer des projets éthiques, voire la monnaie elle-même. Il faut bien sûr s’assurer que ce fond de garantie est utilisé de façon cohérente avec les valeurs de la monnaie complémentaire.
Les monnaies complémentaires indépendantes des monnaies conventionnelles peuvent disposer de leur propre masse monétaire. Quelle masse monétaire faut-il créer et comment la faire évoluer ?
Une première solution consiste à… ne pas créer de masse monétaire. Dans ce cas de figure, appelé “Crédit Mutuel”, la somme de tous les comptes est égal à zéro.
Il est également possible de créer une masse monétaire fixe au départ et de ne plus y toucher, mais si le nombre d’utilisateurs augment, la monnaie disponible pour chacun pour faciliter ses échanges diminue.
Certaines monnaies voient leur masse monétaire évoluer par la décision d’une autorité légitime (ce qui nécessite une grande transparence pour conserver la confiance des utilisateurs
La masse monétaire peut évoluer en fonction d’un mécanisme.
C’est le cas des monnaies nationales dont la création monétaire se fait principalement par le mécanisme du prêt par les banques (celles-ci peuvent créer une grande partie de l’argent qu’elles prêtent).
C’est également le cas de Bitcoin qui utilise un algorythme sophistiqué pour créer de la monnaie (mais qui favorise les premiers utilisateurs)
Certaines monnaies créent une certaine somme pour tout nouvel utilisateur
Etc.
La masse monétaire crée peut être donnée à des utilisateurs spécifiques (un nouvel utilisateur, le bénéficiaire d’un prêt…), à la collectivité (qui en le dépensant pour les bien publics, le met en circulation) où à l’aide du Dividende Universel (dans ce cas, chaque membre de la communauté reçoit une part égale de l’argent créé).
Il existe plusieurs solutions pour qu’une monnaie puisse être légale :
Soit elle porte sur des échanges de services ponctuels et non professionnels, comme dans la plupart des SELs. Dans ce cas, ces échanges ne sont pas soumis à l’impot et la TVA (par exemple aider une personne à réparer sa voiture lorsque l’on n’est pas garagiste). Une telle monnaie ne doit pas être convertible en monnaie nationale et peut donc disposer d’indicateur de valeur différent des monnaies nationales6.
Soit elle porte sur des bien marchands et des services professionnels. Dans ce cas, il est nécessaire de payer des taxes et impots pour financer la collectivité. Pour faciliter cette tâche, les monnaies complémentaires sont comptabilisée à parité ou avec une formule simple avec une monnaie nationale (qu’elles soient convertibles totalement, partiellement comme l’Euro-RES ou non convertible comme le WIR). Il est à noter qu’actuellement le paiement des taxes et impots ne peut se faire que dans les monnaies nationales (voir la piste d’innovation n°9 “légitimier de nouveaux types de monnaies innovantes”)
Soit elle porte sur un comportement bénéfique à la communauté et n’a donc pas besoin d’être taxée. Il est même possible dans ce cas, que le développement de ces comportements permettent des économies à la collectivité ou la société qui choisi de les favoriser par une monnaie (voir l’annexe 2 “une monnaie locale çà coute de l’argent ou ça en rapporte ?”)
Dans le cas des échanges marchands et des services professionnels qui entrent dans le cadre de l’économie classique, il peut également se poser la question de la convertibilité ou non de la monnaie dans des monnaies nationales. Même si une pârité ou un taux de change existe, il existe plusieurs cas de figure :
La monnaie est non convertible : 1 WIR = 1 Franc suisse par exemple mais les deux monnaies ne sont pas convertible et les deux comptes à la banque sont étanches
La monnaie est convertible en entrée : 1 Euro-RES = 1 Euro, il est possible d’acheter des euro-res avec des euros mais pas l’inverse
La monnaie est convertible sous certaines conditions : les commerçants qui reçoivent des miles en paiement peuvent les reconvertir en monnaie nationale, mais ce n’est pas le cas des autres utilisateurs qui reçoivent des miles en récompense de leur fidélité
La monnaie est convertible dans les monnaies nationales
Lorsqu’il y a une convertibilité même partielle, il faut alors se poser la question de l’impact de la masse monétaire de la monnaie complémentaire sur la masse monétaire des monnaies nationales. Il existe ainsi une très grande masse monétaire immobilisée sous la forme de miles, Smiles ou chèques déjeuners…
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Lors de la crise en égypte, pour éviter l’inflation, les gens ont commencé à utiliser des cartes de téléphone prépayées comme monnaie (le prix de la carte augmentait au même rythme que le reste des biens et services. Le prix d’un bien était ainsi quasi-constant lorsqu’il était compté en “carte téléphonique”). Mais cela a posé un problème car l’augmentation de la production de nouvelles cartes téléphoniques pour faire face à ce nouvel usage augmentait artificiellement la masse monétaire de la livre égyptienne… |
La spéculation consiste à acheter ou vendre en fonction de conjectures sur l’évolution des prix, de titres financiers (placements, créances…), ou d’une monnaie (devises, taux d’intérêt) dans l’objectif d’en tirer un bénéfice grâce à la variation de leur cours, tout en prenant le risque de variation inverse7. Cette pratique augmente les échanges (un même bien, par exemple une matière première, peut être acheté et vendu plusieurs fois pour des raisons financières avant d’être vendu à celui qui l’utilisera ou le transformera) mais amplifie les variations des cours.
La thésaurisation consiste à accumuler de la monnaie lorsque l’on attend un meilleur emploi de la monnaie ou lorsque l’on souhaite spéculer pour anticiper une augmentation du cours d’une monnaie. Mais cettte pratique bloque une partie de la masse monétaire et s’oppose à la rotation de la monnaie diminuant ainsi son impact.
Certaines monnaies cherchent à réduire l’intérêt de la thésaurisation à l’aide d’un taux d’intérêt nul ou même un taux d’intérêt négatif. Laisser dormir de la monnaie lorsque celui-ci perd par exemple un pour cent de sa valeur tous les mois est peu intéressant. Lorsque les cours varient lentement par rapport à la dépréciation de la monnaie, la spéculation perd également de son intérêt. Mais avec un taux d’intérêt négatif, il devient difficile d’investir (acheter puis vendre plus tard lorsque la production du bien ou du service le nécessite) cantonant ainsi la monnaie dans un de ses rôles de résolution de dette : la facilitation de l’échange (vendre puis acheter plus tard).
Si la monnaie complémentaire doit également avoir pour but de faciliter l’investissement (on parle de réserve de valeur), il faut alors prendre en compte l’effet de la spéculation. La piste d’innovation n°2 “articuler les monnaies et les indicateurs pour rendre moins intéressante la spéculation” propose des premières pistes dans ce sens.
Il existe de nombreuses façons d’utiliser une monnaie.
Le plus connu des supports de paiement est le billet. Les systèmes de monnaies utilisés dans les favelas du Brésil, basés sur le “palmas” utilisent du papier monnaie. La “mesure” lancée récemment à Romans8 a même créé, en plus des autres valeurs, un billet de zéro mesure pour faciliter l’appropriation de la monnaie par une approche ludique. La mise en place de billets rend plus concret la nouvelle monnaie, mais nécessite la fabrication de billets dont la difficulté de falsification doit être proportionnel au risque (en particulier pour les monnaies qui sont convertibles en monnaie nationale)
Une autre approche consite à utiliser des serveurs internet comme flowplace, openmonnaie ou OsCurrrency qui permettent de définir une monnaie ; ou bien encore Cyclos qui est dédié aux SELs et Complementary currency qui se présente comme une extension du système de gestion de contenu Drupal. Ces systèmes permettent de payer directement via internet.
Une approche particulièrement intéressante consiste à utiliser un serveur vocal accessible par téléphone. Ainsi, l’acte d’achat et de vente peut se faire n’importe où avec un simple téléphone même non connecté à l’internet (c’est le serveur vocal qui y est connecté). C’est le cas des systèmes Paymobey et Paytap. Dans ce cas, même une personne ne sachant pas lire ou lisant avec difficulté, mais sachant composer un numéro de téléphone, peut utiliser un tel système. Avec 5 milliards de téléphones mobiles en circulation dans le monde, cela représente bien plus que le nombre de personnes ayant un compte bancaire.
Le choix du moment pour le lancement d’une monnaie complémentaire peut dépendre de facteurs globaux et également de critères propres à la communauté qui doit en bénéficier. Suivant le choix effectué, la mise en place sera facilité ou non.
L’incertitude monétaire et financière qui affecte actuellement l’économie mondiale, l’aggravation du chômage, de la précarité et des inégalités sociales dans une majeure partie de l’Europe, tout comme les crise monétaires argentine ou mexicaines, ont constitué un terrain particulièrement propice au développement de monnaies complémentaires.
Le « bon moment » peut aussi renvoyer à la constitution d’un groupe de personnes qui décident d’agir pour leur communauté.
Au-delà des choix “techniques”, la prise en compte de la communauté est fondamentale. Pour permettre aux personnes de s’impliquer durablement dans le projet, il est nécessaire également de développer une animation de la communauté.
La personne ou le groupe qui initie la monnaie doit faire preuve9 :
De vision pour se rendre compte qu’il est possible d’agir en dehors des sentiers battus ;
De capacité à entreprendre, c’est à dire la volonté d’intervenir par rapport à une situation, et d’obtenir un résultat ;
Du charisme , pour convaincre la communauté d’appartenance d’aller dans le même sens :
Si l’une des trois caractéristiques manque (et c’est malheureusement souvent le cas), le projet va à l’échec, ou bien on reste dans le discours, sans effets concrets.
Pour que la communauté accepte la monnaie et l’utilise, l’initiateur doit faire preuve de transparence10 pour favoriser la confiance et permettre le temps d’appropriation de ce nouvel outil. Il doit également avoir une crédibilité et une légitimité : si le réseau et la renommée de l’équipe s’appliquent à un quartier, il faut travailler à ce niveau ; si, en revanche, ils peuvent mobiliser une région entière, on peut faire fonctionner le système à l’échelon régional.
2 Jean-Michel Cornu “De l’innovation monétaire aux monnaies de l’innovation”, FYP Editions, 2010 - http:/
3Bernard Lietaer, ibid.
4 Voir l’annexe n°7 à la fiche sur les notions de base : “quand ne faut-il pas de monnaie ?”
6 Dans certains SELs cependant, il est possible d’acheter des pizzas ou même les services d’un prothésiste dentaire. Dans ce cas, il est nécessaire de faire une évaluation de la somme en monnaie nationale que représente le bien ou le service vendu afin de permettre le paiement de la TVA et des impots.
7 Définition Wikipédia de la spéculation financière : http:/
8 Site de la mesure : http:/
9 Interview de Bernard Lietaer : http:/
10 Voir l’annexe 5 sur la transparence
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