En 2014, la Fing et Ouishare s’unissent dans un projet-de R&D collective aux frontières de l’économie du partage-et de la consommation collaborative : ShaREvolution.
Nous organisions le 1er octobre un atelier sur “la consommation collaborative et l’environnement”, dans les locaux de La Poste.
Cet atelier était introduit par l’intervention de Damien Demailly (Institut du Développement Durable et des Relations Internationales - IDDRI), qui présentait pour l’occasion l’étude Économie du partage & transition écologique, réalisée avec Anne-Sophie Novel.
Si le potentiel en terme d’écologie que possède la consommation collaborative n’est pour les auteurs pas contestable, l’intérêt de cette étude est d’essayer de voir comment transformer ce potentiel en durabilité. Comment rendre la consommation collaborative vraiment durable ? Il est rappelé que la promesse environnementale est souvent mise en avant par les inventeurs du concept de l’économie du partage, parfois par les entrepreneurs des plateformes. Pour Damien Demailly, il est temps de passer d’un argument de durabilité à un objectif de durabilité. De la même façon, les territoires pro-actifs sur la thématique de l’économie du partage, qui misent pour l’instant davantage sur les opportunités en termes de dynamisme économique, doivent se positionner sur les enjeux environnementaux.
Des pratiques aux impacts environnementaux variables
Les auteurs se sont centrés dans leur étude sur les questions de réemploi, mutualisation et mobilité partagé, et donc sur les pratiques liées à l’excess capacity et au cycle de vie des objets. S’il est souligné que la consommation collaborative représente de “nouvelles façons de faire des choses anciennes”, l’étude va plus loin en mettant en lumière l’impact du numérique sur ces pratiques. Le réemploi est donc une pratique ancienne et courante, surtout le don, qui touche une bonne partie des français. La mutualisation est de son côté une pratique ancienne mais qui reste aujourd’hui encore peu développée. Elle tend néanmoins à se renouveler grâce à des plateformes telle que Zilok ou encore Kiwizz. La mobilité partagée est aussi une pratique ancienne, mais qui restait relativement étroite. Depuis quelques années, et surtout en France, cette pratique explose jusqu’à être présente dans notre quotidien.
Si l’on veut mesurer l’impact écologique de ces pratiques collaboratives, il est important de s’intéresser à leurs potentialités. Concernant la mobilité partagée, il faut distinguer le covoiturage “domicile-travail” et le covoiturage occasionnel. Sur une autre pratique, un auto-partageur va diminuer de moitié la distance parcourue en voiture individuelle, au bénéfice des transports en commun, car on observe qu’on utilise différemment un objet partagé d’un bien personnel. Concernant le réemploi, le poids économique des biens partageables et faciles à réutiliser représente un quart des dépenses finales des ménages (automobile, habillement, mobilier, etc.). D’un point de vue environnemental, un tiers des déchets des ménages provient de biens potentiellement partageables...
La mutualisation permet de partager les coûts fixes, et de laisser assumer les coûts marginaux par l’utilisateur final (cela marche bien pour le partage des véhicules).
Comment rendre la consommation collaborative durable d’un point de vue environnemental ?
La durabilité de la consommation collaborative dépend pour Damien Demailly en grande partie de la qualité des objets. En effet, si le fait de partager ma perceuse a pour conséquence une détérioration plus rapide de l’objet et un rachat dans la foulée, le bilan environnemental n’est alors pas satisfaisant. Il est donc important d’encourager la création d’objets pensés et designés pour le partage, robustes et facilement réparables, dont l’usage prime sur la possession.
Pour l’auteur de l’étude, si la qualité des biens partagés est primordiale, ce sont bien les comportements de consommation qui détermineront in-fine la durabilité du tout… les modes de consommation étant en effet liés aux différents services. L’exemple des “fashionistas” d’Ebay illustre bien ce paradoxe. Le fait d’avoir accès à des biens d’occasion moins chers, permet-il de mieux consommer ou de consommer davantage ? De la même façon, la baisse du besoin / de l’envie de posséder dépend sans doute des objets. Si l’on exprime aujourd’hui moins le souhait de posséder la dernière voiture à la mode, ce n’est pas forcément le cas pour le dernier téléphone portable.
L’épineuse question de l’effet rebond a été l’occasion d’un long débat entre les participants. S’il semble bien difficile à mesurer et à éviter, dépassant largement le seul cadre de la consommation collaborative, il faut, pour l’auteur de l’étude, distinguer l’effet rebond local et global. L’effet de substitution est plus facilement repérable au niveau local, et c’est donc à cette échelle que l’on peut trouver des règlementations ou des incitations pour éviter les externalités environnementales négatives.
En bref :
3 grandes dimensions, conditions générales à la durabilité de la consommation collaborative :
• Qualité des biens partagés (durable, recyclable, manufacturé)
• Logistique (nécessite une meilleure optimisation du transport de biens)
• Effet rebond / modes de consommation (différencier l’effet rebond local (je voyage plus localement) / global (utiliser ailleurs), on peut trouver des réponses à l’échelle locale, mais l’effet rebond globale dépasse la simple consommation collaborative)
Comment, concrètement, rendre les services de la consommation plus durables ? La seconde partie de l’atelier visait à travailler sur des pistes de réponse, à retrouver ici dans les jours qui viennent.
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