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Le regard de la Chaire Gestion des crises, un engagement dans la proximité. Par Paul-Henri Richard

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La Chaire de Gestion des crises de l'UTT s'est imposée à nous comme un espace de recherche et d'expérimentation pertinent dans une approche novatrice et territorialisée des crises. Son administrateur Paul-Henri Richard a participé à un Connecteur Recherche en apportant son regard réflexif et critique sur la manière dont les crises sont gérées ; nous sommes allés le rencontrer à Troie pour comprendre « l'engagement dans la proximité » que la Chaire défend ; et voici sa contribution au cahier de veille.

Docteur Paul-Henri Richard
Ingénieur de recherche, administrateur et animateur de la chaire.

Afin d’interroger l’usage du numérique dans le domaine des risques et des crises il convient de définir les vocables employés. Dans le champ de l’informatique et des communications, le numérique se dit de la représentation d'informations ou de grandeurs physiques au moyen de caractères, tels que des chiffres, ou au moyen de signaux à valeurs discrètes. Par extension, le numérique se dit des systèmes, dispositifs ou procédés employant ce mode de représentation discrète, par opposition à analogique. Les situations de crise peuvent se définir comme des situations particulières où une organisation se retrouve dans l’incapacité, totale ou partielle, de remplir sa mission ou menace de l’être.

La place du numérique dans la gestion des risques et des crises

La prépondérance du numérique dans nos vies contemporaines influe les pratiques associées au management des risques. Les technologies numériques jouent un rôle clé dans chaque phase de la gestion des risques majeurs et participent ainsi à la continuité des activités de nos sociétés face aux crises.

  1. Identification et analyse des risques et vulnérabilités retranscrite dans un Système d’Information Géographique. Document d’Information Communale sur les Risques Majeurs numérique et interactif, Plan Communal de Sauvegarde dématérialisé, actualisé et intégrant les informations des plans de prévention des risques technologiques ou naturels. Utilisation de jeux sérieux pour l’éducation des enfants ¹ ou la formation des non-professionnels ².
  2. Remontée d’information du terrain en temps réel dans les centres de contrôle et de commandement, alarmes de dépassement de seuil critique. Intégration de la veille des réseaux sociaux pour déceler l’émergence d’une situation de crise. Couplage de la détection d’un risque avec les systèmes d’alerte à la population ³ et le déclenchement de dispositif de sécurité (Barrières d’accès, sirènes d’évacuation…).
  3. Simulation d’évolution d’événement, suivi météorologique (modélisation de crue, de propagation d’incendie, de dispersion de nuage toxique…), gestion du rappel des astreintes, géolocalisation des forces.
  4. Définition de zone d’action prioritaire, la sectorisation facilitant l’action. Quantification de la demande de renfort, diffusion de donnée publique en données ouvertes sur les risques et les moyens de prévention. Récupération et diffusion d’informations pertinentes par le crowdmapping ⁴ (estimation des dégâts, localisation des abris…).
  5. Intégration de main courante informatisée de suivi de crise, réutilisation des données pour le retour d’expérience.

Au-delà de ces différentes phases, les Technologies de l’Information et des Communications (TIC) jouent également un rôle important dans l’improvisation organisationnelle en temps de crise (ADROT, 2010).

Les outils du numérique impactent les organisations en charge de la sécurité

Sapeurs-pompiers, services préfectoraux, services d’aide médicale d’urgence, associations agrées de sécurité civile… les acteurs publiques et associatifs amenés à intervenir lors d’une crise mobilisent pleinement les outils numériques pour optimiser leurs actions. Cependant cela nécessite d’identifier et de prendre en compte les répercussions des choix technologiques sur les organisations (financiers, juridiques, en matière de compétences et de nouveaux métiers…). L’emploi des drones ⁵, la prise en compte des réseaux sociaux numériques ou encore le déploiement des systèmes de gestion opérationnelle ⁶ sont des exemples emblématiques des usages numériques transformant les organisations.

En matière de limite, la présentation de résultats d’analyse à travers les interfaces hommes machines peut induire des biais auprès des décideurs venant faire un amalgame entre modèle et réalité. De plus, les difficultés de saisir les processus de gestion d’évènement dans leur complexité et de comprendre, par le biais des échanges explicites en situation, les processus mentaux des praticiens sont une limite à l’intégration des outils d’aide à la gestion en situation de crise. Les TIC viennent ainsi en réponse au triple idéal contemporain de protection, rationalité et maitrise de l’environnement. Cependant quand l’imprévu fait son apparition, le triptyque s’effondre. Le solutionnisme technique dans la mitigation des aléas et la réduction des vulnérabilités constitue une impasse s’il n’est pas complété par l’apport d’espace de réflexion critique (RICHARD, 2016). Le design de service, l’écoute des expériences et du ressentis des utilisateurs finaux (que cela soit les acteurs de la sécurité civile et de la prévention des risques ou le citoyen lambda) permettra de créer des outils et services pragmatiques potentiellement lowtech.

La Charte scientifique de la chaire Gestion des crises intègre pleinement les enjeux posés par le numérique. Ceci à travers plusieurs questionnements sur les TIC au service du management stratégique des situations de crise.

Ces interrogations se traduisent par des travaux de recherche en lien avec le monde industriel ⁷ et institutionnel de la sécurité civile. Avec par exemple :

Bibliographie

RAO, R., & al. (2007). Improving Disaster Management: The role of IT in Mitigation, Preparedness, Response, and recovery. Washington DC: The national Academies Press.

ADROT, A. (2010). Quel apport des TIC à l'improvisation organisationnelle durant la réponse à la crise ? Paris Université Paris Dauphine: Mémoire de thèse présenté pour l'obtention du titre de docteur en science de gestion.

RICHARD, PH. (2016). Crise et ville intelligente au prisme de l’éthique appliquée à la sécurité civile. Mémoire de thèse présenté pour l'obtention du titre de docteur en Ingénierie Sociotechnique des Connaissances, des Réseaux et du Développement Durable


Notes

  1. Voir en exemple le jeu de sensibilisation aux risques stopdisastersgame réalisé par l’International Strategy for Disaster Reduction de l’UNESCO. https://www.stopdisastersgame.org/
  2. IMFOR : un jeu sérieux pour la gestion des crises consulté sur http://addl.lsis.org/fr/manifs/jdl612/actes/articles/16.pdf le 15 septembre 2014.
  3. https://www.interieur.gouv.fr/Alerte/Alerte-ORSEC/Qu-est-ce-que-le-SAIP
  4. cartographie par la foule, cartes collaboratives réalisées par les internautes
  5. Avec notamment la création d’équipe spécialisée http://www.sdis78.fr/l-actualite/36-evenements/2094-drone-creation-de-l-equipe-specialisee-du-sdis78
  6. Avec la création en 2018 d’une agence du numérique de la sécurité civile chargée du déploiement et la mise à disposition des systèmes d’information et de commandement à l’intention des services d’incendie et de secours et de la sécurité civile, ainsi que les applications destinées aux communications entre la population et les services de secours d’urgence. https://www.lagazettedescommunes.com/585571/la-creation-dune-agence-du-numerique-de-la-securite-civile/
  7. Cette interaction est notamment rendu possible par les mécènes de la chaire Gestion de crise, à savoir les sociétés Bull atos technologies, Airbus Defense&Space, Deveryware, Diginext et Edf.

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